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Dosage du mélange bouillie bordelaise et soufre mouillable : éviter le piège des grammes par litre

Caroline Garnier 6 min de lecture
Dosage mélange bouillie bordelaise et soufre mouillable en grammes par litre

Il n’existe pas de dosage universel pour mélanger la bouillie bordelaise et le soufre mouillable. Les quantités dépendent des formulations commerciales, de la culture et de l’usage autorisé. Pour un pulvérisateur de 10 litres, multipliez par 10 chaque dose indiquée en g/L sur les étiquettes, mais seulement après avoir vérifié que les deux produits peuvent être associés. Une recette valable pour une vigne ne se transpose pas automatiquement aux tomates ou aux rosiers.

Des dosages très différents : vérifier les unités avant de peser

Les recettes couramment publiées présentent des écarts importants : 10 à 20 g/L de bouillie bordelaise avec 3 à 5 g/L de soufre mouillable, mais aussi 30 g de bouillie bordelaise et 7,5 g de soufre pour 10 litres. Cette dernière proposition correspond à seulement 3 g/L et 0,75 g/L. Ces valeurs ne sont pas interchangeables et ne constituent pas une prescription pour vos produits.

Préparation sécurisée du dosage mélange bouillie bordelaise et soufre mouillable avant pulvérisation
Préparation sécurisée du dosage mélange bouillie bordelaise et soufre mouillable avant pulvérisation

D’autres recommandations mentionnent 15 à 20 g/L de bouillie bordelaise avec 7,5 g/L de soufre pour les tomates et rosiers, ou 12 g/L et 7 g/L pour la vigne. Faire une moyenne entre ces recettes serait une erreur : ni la formulation ni les conditions d’emploi ne sont nécessairement identiques.

Convertir une dose sans modifier la prescription

La formule est simple : quantité de produit en grammes = dose en g/L × volume final en litres. Le tableau suivant sert uniquement à convertir une dose préalablement validée sur l’étiquette. Chaque produit se calcule séparément.

Dose indiquée sur l’étiquette Pour 1 litre Pour 5 litres Pour 10 litres
3 g/L 3 g 15 g 30 g
5 g/L 5 g 25 g 50 g
10 g/L 10 g 50 g 100 g
20 g/L 20 g 100 g 200 g

Vérifiez que la dose concerne bien le produit commercial, et non la quantité de cuivre ou de soufre actif. Si elle est exprimée par surface, une conversion en g/L exige aussi de connaître la surface réellement couverte par votre pulvérisateur. Ajouter davantage d’eau ne permet pas d’augmenter la dose autorisée sur cette surface.

Choisir selon la maladie, pas seulement selon la plante

Le cuivre de la bouillie bordelaise intervient principalement en protection préventive contre certaines maladies, notamment le mildiou selon les usages autorisés. Le soufre mouillable, formulé pour être dispersé dans l’eau, est surtout employé contre l’oïdium. Les associer n’a donc d’intérêt que si les deux cibles justifient une intervention et si le mélange est permis.

Culture Maladies à distinguer Point de vigilance
Tomate et pomme de terre Mildiou ; oïdium selon la culture Ne pas ajouter du soufre systématiquement contre le mildiou.
Vigne Mildiou et oïdium Vérifier le stade végétatif et la sensibilité variétale.
Rosier Oïdium et taches noires Identifier la maladie et l’usage autorisé pour chaque produit.
Pommier et autres fruitiers Tavelure, oïdium selon l’espèce Distinguer les traitements au débourrement de ceux sur feuillage développé.
Pêcher Cloque Respecter strictement la période d’intervention et les restrictions du cuivre.

Une dose publiée pour un arbre au repos végétatif ne convient pas nécessairement à ses jeunes feuilles. Les feuillages fragiles, certaines variétés et les plantes stressées demandent une prudence renforcée. Un essai localisé peut révéler une mauvaise tolérance, mais ne remplace jamais une autorisation d’usage.

Augmenter la concentration après apparition des symptômes n’est pas une stratégie curative fiable. Ces traitements ne rendent pas sains les tissus déjà nécrosés. Il faut réévaluer le diagnostic et la protection des parties encore indemnes plutôt que doubler les doses.

Vérifier la compatibilité puis préparer une suspension homogène

Deux produits utilisables séparément sur une culture ne sont pas automatiquement mélangeables. Consultez leurs étiquettes et, si nécessaire, les indications des fabricants. En l’absence de confirmation claire, ne préparez pas l’association. Un essai dans un petit récipient peut montrer des grumeaux ou une séparation, mais ne prouve ni la sécurité pour la plante ni la conformité du mélange.

Prévoyez une balance précise, un récipient non métallique et un pulvérisateur propre. Portez les équipements prescrits : gants adaptés aux produits phytopharmaceutiques, vêtements couvrants, protection des yeux et protection respiratoire si nécessaire. Préparez à l’écart des enfants, animaux et points d’eau.

  1. Mesurez le volume final nécessaire et pesez séparément les produits.
  2. Remplissez la cuve à moitié ou aux deux tiers, selon les notices.
  3. Effectuez les pré-dispersions demandées, sans mélanger directement les poudres concentrées.
  4. Incorporez les produits dans l’ordre prévu pour leurs formulations, en agitant.
  5. Complétez jusqu’au volume final puis maintenez l’agitation pendant l’application.

Il s’agit d’une suspension, pas d’une dissolution complète : les particules peuvent se déposer. Utilisez rapidement la préparation et ne stockez pas les restes pour une prochaine séance. N’ajoutez ni acidifiant, ni savon, ni adjuvant improvisé ; la qualité de l’eau et les autres traitements, notamment huileux, peuvent imposer des restrictions particulières.

Appliquer sans brûler le feuillage ni renouveler par réflexe

La chaleur accroît le risque de phytotoxicité du soufre. Les repères publiés vont d’une plage de 12 à 25 °C à une mise en garde au-dessus de 30 °C ; certaines recommandations déconseillent déjà de dépasser 25 °C. Aucun seuil général ne garantit l’absence de brûlure. Respectez la limite du produit et anticipez la température après pulvérisation, particulièrement sous serre.

Choisissez un créneau peu venteux, sans forte chaleur ni pluie imminente, compatible avec le temps de séchage indiqué. Pulvérisez uniformément les zones visées, notamment les deux faces du feuillage lorsque l’usage le prévoit, sans ruissellement.

Le réglage du pulvérisateur constitue un levier souvent négligé : avec de l’eau claire, mesurez le volume nécessaire pour couvrir une surface connue. Ce petit étalonnage relie concentration, débit de buse et dose réellement déposée. Deux jardiniers utilisant les mêmes grammes par litre peuvent apporter des quantités très différentes sur un même massif s’ils n’avancent pas à la même vitesse.

Un rythme de 15 jours, parfois ramené à une semaine sous forte pression, ne doit pas devenir un calendrier automatique. Respectez l’intervalle minimal et le nombre maximal d’applications autorisés. Après une pluie, évaluez le lessivage et le risque sanitaire avant de retraiter. Pour la récolte, appliquez les exigences des deux produits, dont le délai le plus long ; une fourchette générique de 3 à 14 jours ne suffit pas.

Surveiller les plantes et limiter les apports de cuivre

Des plages décolorées, un jaunissement, des bords desséchés ou des nécroses après traitement peuvent évoquer une phytotoxicité, sans constituer un diagnostic certain. Suspendez les applications, notez les doses, la météo et les produits utilisés, puis demandez conseil. N’essayez pas de « neutraliser » le traitement avec un autre produit.

Le cuivre peut s’accumuler dans le sol et affecter ses organismes. Limitez les traitements inutiles en favorisant l’aération des plantations, un arrosage au pied et une surveillance régulière. L’origine minérale d’un produit ne signifie pas qu’il est sans impact.

Enfin, nettoyez rapidement la cuve, les filtres et les buses selon la notice pour éviter dépôts, obstruction et corrosion. Ne versez ni restes ni eaux de rinçage dans un évier, un égout ou un cours d’eau : suivez les consignes locales d’élimination des produits phytopharmaceutiques et de leurs emballages.

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